Bouquinistes Ambohijatovo

Savez vous que le marché des « Boky Tonta d’Ambohijatovo » fait partie des petits marchés pittoresques de Tana ? Ce sont des échoppes en bois où les livres les plus hétéroclites s’entassent, se vendent, s’échangent. C’est aussi l’un des rares endroits de la capitale où on peut acheter des vieux livres sur Madagascar. Le dernier catalogue de Surcouf côtoie le Tantaran’ny Andriana et les Fleurs du mal de Baudelaire ainsi qu’un précis de comptabilité !

Vous pouvez y trouver le dernier Harry Potter ou le Da Vinci code en version poche. Les nouveautés sont magistralement mises en valeur par les bouquinistes d’Ambohijatovo. Les portails ne sont pas comme ceux en France. Ce n’est pas la porte métallique que l’on peut pousser très vite, il faut d’abord ranger les livres pour pouvoir mettre les plaques de bois faisant office de volets !

Flâner sur le marché aux livres (d’occasion) d’Ambohijatovo, au centre d’Antananarivo fait partie des milles choses à faire à Antananarivo. Les devantures sont modestes : quelques planches de bois amalgamées tant bien que mal et chaque vendeur se crée sa « niche », son « cocon », adossé à celui du voisin. Dans ce réseau de cabanes aux dédales encombrés, on trouve aussi des coiffeurs, des réparateurs d’électroménager, des vendeurs de beignets, etc. Tout un petit monde se trouve entassé là, à l’image de ce qu’est Madagascar à mes yeux : un assemblage de bric et de broc qui résiste malgré tout aux intempéries et aux coups du sort.

On cherche, on farfouille, on déniche, on compare, on négocie les prix. Car dans ce petit Capharnaüm, on trouve quelquefois de vrais trésors, comme ces revues pour la jeunesse neuves protégées de la poussière par un emballage plastique et contenant parfois le CD des histoires destinées aux enfants de tous âges.  Le luxe suprême !

Ici, il n’est pas question de se rendre dans son point presse habituel pour y acheter sans y penser le dernier numéro de son magazine préféré. Ce que l’habitude nous dicte en Occident, l’aventure nous le ravit en Afrique. Ici, on va à la pêche, espérant qu’elle soit bonne, et, après de nombreux sourires et beaucoup de saleté sur les doigts, on finit par acheter ce qu’on trouve. Lorsqu’on a mis la main sur une revue propre, pas trop chère, accessible aux enfants auxquels elle est destinée, c’est une petite victoire qui se savourera dans le pétillement des yeux des enfants qui liront ces histoires. Vous comprenez que chaque achat – encore une fois, grâce à vos dons ! – ressemble à une épopée dont l’issue paraît incertaine et qui dure au moins une journée, le temps de se rendre en ville dans les embouteillages monstres, de traverser les rues encombrées, de se frayer un passage dans la foule compacte qui déambule sur les trottoirs troués et cabossés et d’éviter de justesse de marcher sur les vendeuses de cacahuètes…